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Touzazimutin

24h dans la peau d'un empailleur d'animaux

23 Septembre 2015, 20:28pm

Publié par Zazimutine

24h dans la peau d'un empailleur d'animaux

 

7h: mon réveil sonne. Grosse journée en perspective et pourtant, je n'ai qu'une envie: celle de me rendormir. J'ai peu dormi, réveillé cette nuit par une urgence. A 4h, le zoo a appelé pour m'informer du décès d'Apollon, leur plus vieil éléphant. Ca tombe très mal, car demain, c'est le pot de départ à la retraite du directeur du zoo. Du coup, les personnels veulent que j’intervienne très vite pour empailler Apollon, afin de lui offrir en guise de cadeau de départ. Le directeur est un homme passionné par son métier, ils craignent que la conjonction de son départ à la retraite avec le décès d'Apollon ne le rendent dépressif.

7h15: je bois mon café sous les yeux attendris de Pirate, mon coker. Il est mort en 1998, c'était mon premier boulot en tant qu'empailleur.

7h30: le téléphone sonne. C'est Madame Merlu. Elle me dit qu'elle va me ramener Pépette, sa petite caniche, dans l'après-midi. Elle trouve que son regard n'est pas assez sincère. C'est la 6ème fois que je change les yeux de Pépette, ça commence à bien faire!

8h: après m'être douché et avoir enfilé mon bleu de travail, je prépare ma camionnette d'intervention pour le chantier Apollon: pelle, marteau-piqueur et tout le tralalala. Empailler un éléphant, c'est physique!

8h15: tandis que je roule vers le zoo, mon portable sonne. Une dame me demande si j'empaille les insectes; c'est pour son petit garçon, passionné d'entomologie et profondément affecté par la mort de César, sa punaise. Je lui réponds que je n'ai pas la compétence, ni le matériel adéquat. Pour pouvoir empailler des animaux de moins de 2 cm, il faut posséder un diplôme universitaire de micro-empaillage et disposer d'un microscope électronique (une blinde!). Comme elle a l'air déçu, je lui propose de passer me déposer la punaise dans la boite à lettres après l'avoir enveloppée dans un coton d'alccol, je verrai ce que je peux faire; le truc pénible, c'est qu'il faut embaumer la bête sans l'écraser... je ne sais pas si vous avez déjà senti l'odeur d'une punaise...

9h: j'arrive au zoo. On me conduit devant la dépouille d'Apollon. Avant de commencer mon travail, je me recueille quelques instants. Faut pas croire, bien que ce soit mon gagne-pain, je n'aime pas voir un animal mort.

9h15: mes collaborateurs arrivent. Pour les gros chantiers comme celui d'Apollon, je ne travaille pas seul. Pour mémoire, avant d'empailler un animal, je dois le vider de ses organes; vous imaginez bien que le cerveau d'un éléphant, son foie, son coeur..., ça pèse lourd.

10h: la cage résonne de coups de marteaux, de perceuse. Nous travaillons de bon coeur en écoutant Thriller de Michael Jackson.

10h30: spaltch! C'est le bruit qu'on a entendu quand Gégé a percé par mégarde la vésicule bilaire. Tout son contenu s'est déversé sur lui, on s'est marré! Faut bien se détendre...

12h: on fait une pause, de toute façon il va falloir bosser toute la nuit pour qu'Apollon soit présentable, nous avons peu de temps pour le séchage et ça ne va pas nous aider.

12h30: mon portable sonne, nouvelle urgence. Cette fois c'est Mr Pichon qui m'appelle à l'aide. Il a été arrêté par la police pour "cruauté envers les animaux". C'est que Mr Pichon continue à sortir son chien tous les jours. Pepito, son boxer, est mort en mars 2000, mais j'ai tellement bien travaillé qu'on le croirait rendu à la vie. Mr Pichon se comporte avec lui comme s'il était encore vivant, il lui parle, lui donne à manger, l'emmène promener. J'ai installé des petites roulettes sous ses pattes pour qu'il puisse le trainer en laisse. Dans le quartier tout le monde sait que Pepito est empaillé, mais son arrestation est probablement l'oeuvre d'un fonctionnaire de police nouvellement nommé sur le secteur. Bref, je me rends au commissariat pour attester de la santé mentale de Mr Pichon.

13h15: les gars m'appellent. Un problème sur le chantier d'Apollon. L'éléphant attendait un éléphanteau. Phénomène étrange, si l'on se souvient que c'était un mâle, et d'un âge suggérant une ménopause bien installée. Les gars proposent d'empailler l'éléphanteau en guise de "cadeau bonus" pour le gardien du zoo. Je leur demande plutôt de garder l'information pour eux, je ne suis pas d'humeur à éclaircir le mystère de l'éléphant hermaphrodite du zoo. Mais il va falloir que j'enquête, un trafic d'hormones ne serait pas très bon pour la réputation du parc.

14h: je laisse les gars travailler sur le chantier, j'ai rendez-vous avec mon avocat. J'ai en effet une plainte sur le dos. Madame Tripoton me reproche d'avoir ridiculisé son york-shire. Effectivement, le pauvre animal, mort dans un accident de la route, était tellement abimé que je n'ai pas réussi à lui redonner apparence "canine"; j'ai fait tout ce que j'ai pu mais il faut reconnaitre que le pauvre yorkshire a désormais plutôt l'apparence d'une.... loutre! Cela dit, j'ai de bonnes chances d'échapper au procès; le procureur ne semble pas s'intéresser baucoup à cette affaire et refuse d'instruire. De plus, la pauvre bête était déjà tout à fait ridicule lorsqu'elle était en vie, j'ai des preuves en photos, alors...

16h: je retourne bosser sur le chantier Apollon; le pot de retraite est à 19h. C'est en bonne voie, Apollon se dresse fièrement sur ses pattes arrière, reste à replacer ses yeux et à rigidifier sa trompe. Je ne sais pas encore ce que je vais faire de cet éléphanteau, peut-être le garder dans ma collection personnelle. Mais je dois me rendre à l'évidence: Apollon, malgré la taille imposante de son pénis, était pourvu d'un uterus et de deux ovaires. Je ne comprends d'ailleurs pas comment il a pu être fécondé.

19h: nous finissons juste à temps pour faire une entrée spectaculaire à la fête de départ du directeur du zoo. Ce dernier, ému, me serre dans ses bras et remercie tout le personnel, on ne lui a jamais fait "un cadeau aussi énorme" dit-il. Je me demande comment il va faire pour amener la bête chez lui dans sa voiture, il me rassure: sa twingo est décapotable.

20h30: je rentre enfin chez moi. Je fais une bise à chacune de mes bêtes, à défaut d'autre chose (je suis célibataire). Je relève ma boite mail. Mr et Mme De Saint Gall de la Lande Pertue me relancent encore afin de réfléchir une nouvelle fois à cette histoire d'embryons congelés pour leur renarde argentée, Marie-Clémence. La pauvre est bien malade et doit subir un traitement qui pourrait altérer ses capacités de reproduction. Le couple souhaite la faire inséminer puis congeler ses embryons afin de perpétuer l'espèce qui habille leur garde-robe depuis des siècles... Je leur réponds une nouvelle fois que je ne fais pas dans le vivant malgré la somme astronomique qu'ils me proposent. Je leur propose d'empailler les dits embryons obtenus mais je ne suis pas certaine que ma réponse les satisfasse.

21h: je me prépare vite fait une petite assiette de crudités; toute cette viande... à force...je suis devenu végétarien.

22h: je vais me coucher; je m'endors en rêvant qu'un jour, l'évolution des espèces permettra enfin aux hérissons de regarder à droite et à gauche avant de traverser la route...

PS: Encore une fois il n'est en rien question de se moquer des personnes dont empailler est le métier; juste une digression pour m'amuser un peu.

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