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Touzazimutin

Ma journée avec Cristina Cordula

27 Janvier 2015, 15:43pm

Publié par Zazimutine

Ma journée avec Cristina Cordula

 

Depuis quelques temps, mes filles (4 et 7 ans), nourries un peu malgré moi aux princesses et aux poupées Barbie, me reprochent de ne pas suffisamment m'habiller "en fille". A Noël dernier, elles me firent promettre de m'acheter une robe. Et de la mettre. Au moment des soldes donc, j'emmenai la plus petite pour me dégoter une robe "de fille" ("pas une jupe" avaient-elles précisé, "une robe!"). Je revins avec un jean et une chemise à carreaux, au grand désespoir de mes oiselles. A voir leur mine déconfite, je pris peur. Et si mes filles m’inscrivaient en douce à l'émission de relooking "Nouveau look pour une nouvelle vie"? Tandis qu'un frisson glacé me parcourait le corps, j'essayais d'imaginer...

 

7h30: J'arrive gare Montparnasse après 17h de trajet. La production de M6 me paie mon billet mais, crise oblige, les budgets ont fortement baissé. J'ai donc pris le train couchette "Express du Grand Sud-Ouest". 46 arrêts. J'adore dormir en train couchette, le roulis du train (à moins que ce ne soit le tangage) me berce comme un bébé; le seul inconvénient étant que je me réveille à chaque arrêt en gare. Ce qui, cette nuit, fut le cas toutes les 27 minutes environ. Capri-ses-Fini, Fonfon-lès-Marionnettes, Beloeil-en-Chalazion, la France regorge de bourgades aux noms poétiques.

Sur le quai je suis accueillie par Sophie, de la prod'. Elle crie de joie en voyant ma tête de déterrée: pas douchée, pas repassée, autant dire que je fais grise mine. Elle manque s'étrangler de joie lorsqu'elle remarque mes lunettes (je n'ai pas eu le temps de mettre mes lentilles) et me demande de les garder: ça rajoute "quelque chose de pas fini" à mon personnage. C'est que nous allons justement enregistrer tout de suite la séquence d'humiliation publique de l'émission: seule au milieu d'une rue piétonne en plein Paris, on demande aux passants de commenter mon look.

8h30: Me voilà au milieu de la rue. On me conseille de ne pas trop sourire. A vrai dire, je n'en ai pas tellement envie. Lorsque la production est venue chez moi visiter mon placard, elle semble avoir été assez déconcertée. Il m'a fallu ressortir tout un tas de vieilleries d'un sac que je m’apprêtais à porter à Emmaüs. Je suis donc affublée d'un pantalon cargo acheté en 1999 et de chaussures de bowling (souvenez-vous, fin des années 1990...). Face aux visages goguenards et aux commentaires désobligeants, je tente de me ramasser à l'intérieur de moi-même dans une sorte de transe. Sophie vient me libérer de mon supplice au moment ou je m'apprête à léviter.

9h: Je sonne chez Cristina Cordula. Elle m’accueille d'un sonore: "Estelle ma chéééééériiie!!!!" Elle a l'air tellement contente de me voir que je n'ose pas lui dire que je ne m'appelle pas Estelle. Elle est très grande, de là ou je suis je distingue à peine son menton. Nous regardons ensemble la vidéo de moi me faisant laminer par les passants "pas de look", "ringard", "pas féminine", les mots tombent comme un couperet. "Moi c'est sûr je me retourne pas sur elle dans la rue" dit un jeune mâle de moitié mon âge (ça m'arrange, je pourrais être sa mère!). Quelqu'un dit "je dirais qu'elle a au moins 40 ans". Cristina arrête le film. Elle met ses poings sur les hanches et fronce son petit nez mutin l'air très fâchée "alors ça, ça va pas du tout ma chéééérie, tu te rends compte, t'as l'air d'avoir 40 ans! T'as quel âge?"-"euh 41" cette séquence sera coupée au montage. Cristina tente alors:"bon t'en penses quoi de ce qu'ils disent?"-"ben j'ai juste envie de retourner dans la rue leur mettre un coup de boule!". Cette scène là sera aussi coupée au montage.

10h: Nous partons pour le show-room entièrement privatisé juste pour moi. Cristina me fait déshabiller et observe mon corps "Ben dis donc ma chéééérie, t'as de la chance heeeein? Tu es un X, ça veut dire que tu peux tout mettre!" En revanche, elle jette un oeil catastrophé sur mon décolleté. "Tu fais quoi? un 75A?" Faut pas déconner, 75A c'est la taille de mon tout premier soutien-gorge... à 26 ans, quand j'ai arrêté de croire que ma croissance mammaire n'était pas terminée.

10h30: Je sors de la cabine avec une jupe crayon, des talons hauts, et un sautoir. Tout à fait moi. Il semble que je sois "souperbe", à moins que ce ne soit "magnifaïïïque!!!". J'ai tellement mal aux pieds que j'en ai les larmes aux yeux. Cristina croit à une manifestation d'émotion de ma part, elle me sert dans ses bras "Oooooh, pleure pas ma chérrrrrrie!!!".

11h30: Nous nous rendons chez un opticien; je n'ai toujours pas eu le droit de mettre mes lentilles. On va intégrer dans l'émission un passage ou je découvre ma tête sans lunettes, genre j'avais jamais eu l'idée de mettre des lentilles avant ma rencontre avec Cristina. Parce qu'en fait j'aurais grandi dans une cave, élevée par des parents lilliputiens de 42 cm, alcooliques et incultes. Cosette quoi. Donc c'est pas vraiment comme si je portais des lentilles depuis 23 ans. Bref.

12h: Séance coiffeur. Nous rentrons dans un prestigieux salon parisien. D'abord diagnostic capillaire par John-Kevin: évidemment mes cheveux sont tout pourris, reste de coloration, pas de coupe, bla bla bla. John-Kevin va arranger tout ça. D'abord, on masque le miroir en face de moi. Pour ça je suis plutôt contente, je déteste me voir dans la glace le poil mouillé.

14h: Après m'être fait chouchouter pendant 2h, c'est l'heure de la révélation devant le miroir. Je crie de stupéfaction. Dans la glace, Claire Chazal. Heureusement, mon cri passe pour du ravissement.

15h: Après avoir eu l'autorisation de Cristina de manger un peu (une pomme) nous passons à l'épisode maquillage avec Ursula, la maquilleuse des stars. Celle-ci travaille en me faisant plein de compliments sur mes cernes, mes rougeurs et autre pilosité suce-labiale. Après m'avoir fait sauter mes lentilles 3 fois en m'appliquant une dose conséquente de fard à paupières, le ravalement est fini. Ultime épreuve du miroir. J'ouvre les yeux devant mon reflet. Ils s'embuent aussitôt. J'ai oublié de préciser que j'étais allergique à la plupart des maquillages. Là encore, ça passe pour de l'émotion, j'ai de nouveau droit à un câlin. J'avoue que je commence à prendre goût à me retrouver la figure plongée entre les seins de Cristina, sorte de reminiscence de la figure maternelle sans doute.

16h: Sophie me donne quartier libre. Ce soir, c'est LE rendez-vous dans un grand hôtel, dernière séquence de l’émission proposant les retrouvailles avec ma famille dans mon nouveau moi. Je dois revenir enfiler mon déguisement à 18h. Je vais profiter de ce trou dans l'emploi du temps pour visiter un peu Paris.

16h30: Gare Montparnasse. Je monte dans un train, je rentre chez moi, j'en ai assez. Je m'enfuis avec mes vêtements coûteux sur le dos. En les vendant sur le boncoin je vais en tirer une belle petite somme. Non parce que c'est bon, j'ai compris: quand les douze coups de minuit auront sonné, je vais devoir tout rendre à la production et me retrouver en guenilles.

Cosette d'accord, Cendrillon non!

PS: Finalement, j'ai acheté une robe.

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Un corps en hiver

22 Janvier 2015, 12:52pm

Publié par Zazimutine

Un corps en hiver

 

Quand on feuillette des magazines féminins en ce moment, on s'aperçoit que les images sensées rendre compte de ce à quoi on ressemble en hiver, sont loin, très loin de la réalité. Prenez un magazine. Là, regardez:

- ici, de belles boucles dépassant négligemment d'un bonnet de laine douillet alors que tout le monde sait bien que le port du bonnet rend les cheveux raplapla, ternes et comble de la beauté capillaire: électriques!

- là, charmant minois pointant le bout de son nez au-dessus de sa maxi-écharpe, pommettes savamment rosies par le blush, lèvres rouges vif contrastant avec l'étendue immaculée en arrière plan. Un mythe bien entendu, allez maquiller un visage passé à la toile émeri par le froid, allez donc poser un rouge à lèvres sur des lèvres gercées!

- mieux: à la maison, mannequin regardant la neige tomber de derrière sa fenêtre, à peine vêtue d'un gilet long et de deux jambières en cachemire; d'une part, se promener les cuisses nues à la maison lorsqu'il gèle à pierre fendre dehors rend la peau bleuie et marbrée; d'autre part, que je sache, personne n’est frileux juste du haut du corps!

En ce qui me concerne, mon corps subit en hiver une transformation qui le rapproche plus du phoque que de la délicate gazelle. Et pour cause: le phoque vit sur la banquise tandis que la gazelle, rarement (ou alors pas longtemps).

Car oui, le phoque, pour se protéger du froid, accumule une épaisse couche de gras, voire de lard. C'est ce que j'ai fait moi aussi pendant les fêtes, me gavant de chocolats et autres foie gras, uniquement pour me protéger des frimas à venir. Limite je me suis forcée. Mon jean ne me dit pas merci, là par exemple, la toile tendue à l'extrême sur mes cuisses, je ne sens quasiment plus mes pieds.

Le phoque entretient, de fait, une certaine lourdeur dans sa démarche. Moi aussi. J'ai décrété qu'il faisait définitivement trop froid pour continuer à venir au boulot en vélo et pour ressortir le soir, et j'ai donc laissé tomber toute activité physique.

Le phoque entretient un pelage très dru, très serré, le rendant imperméable à l'eau. Tout pareil. La longueur actuelle de mes poils aux pattes n'est pas loin de me rendre totalement amphibie. D'ailleurs je vais à la piscine ce samedi, je vais pouvoir tester ma nouvelle combinaison entièrement naturelle. Sinon, j'essaierai de rentrer dans le livre des records, mon 19mm à la face postérieure du mollet droit me semble assez prometteur.

Le phoque, telle la glace qui l'entoure, est blanc comme neige. Oui enfin, le bébé phoque. Mon corps, tel le carrelage qui l'entoure, est blanc comme un bidet.

Le phoque n'est pas écolo (le dérèglement climatique c'est lui, vous ne saviez pas?). Moi non plus. Je laisse couler l'eau chaude sur la partie droite de mon corps pendant que je savonne la partie gauche et inversement.

Vous l'avez compris, l'hiver je suis à l'apogée de ma sexytude.

Mais regardez-moi cette frimousse, avec ces grands yeux noirs et cette moustache, c'est pas mignon?

Sur les bébés phoques, oui.

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L'âge de raison

14 Janvier 2015, 13:37pm

Publié par Zazimutine

L'âge de raison

Il y a quand même eu un évènement la semaine dernière, dans notre sphère intimo-familiale, quelque peu éclipsé par l'actualité: miss Choco, notre fille ainée, a eu 7 ans.

7 ans, l'âge de raison dit-on. Il va de soi que nous l'avions briefée à fond sur le sujet, lui prédisant un avenir imminent de "trèèèès grande fille" et autres "petite fille la plus raisonnable du monde" (parents lourds- mode d'emploi).

Ainsi, en ce jeudi 8 janvier 2015, je me suis dirigée vers la chambre de ma fille ainée comme chaque jour pour la réveiller, prête à entonner le fameux refrain lui souhaitant la bienvenue dans une nouvelle ère. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je trouvai son lit vide! J'eus à peine le temps de m'inquiéter que j'entendis la clef tourner dans la serrure de la porte d'entrée. Ma fille apparut alors dans l'appartement, habillée, coiffée, pomponnée, les joues rougies par le froid, les bras chargés de pain et viennoiseries pour le petit-déjeuner. Un peu interloqués mais contents, nous nous dirigeâmes tous vers la cuisine où la table du petit-déjeuner était mise avec soin. Pendant que j'habillais sa petite sœur, miss Choco me demanda si elle pouvait emmener un livre à l'école; j'acceptai, et la vit avec étonnement sortir un livre de la grande bibliothèque du salon et le fourrer dans son cartable. Il me sembla distinguer le titre de l'auteur "Kant", mais je ris de moi-même à cette idée saugrenue.

Puis tout le monde quitta le domicile familial, Papa Ours emmenant les filles à l'école.

Lorsque je les récupérai à 16h, le maitre voulut me parler. Il s'inquiéta du comportement parfaitement "inhabituel" de ma fille, punie pour la première fois depuis la rentrée. Outre le non respect des règles de vie à l'école, il avait surpris ma fille lire en douce un livre sur ses genoux pendant la leçon; il s’alarma surtout du contenu de ses lectures. "N'est-il pas un peu tôt pour de la philosophie?" me dit-il. J'approuvai et promit de faire le nécessaire pour que ça ne se reproduise plus.

Une fois rentrées à la maison, je demandai sur un ton peu amène à miss Choco de filer dans sa chambre faire ses devoirs. Je l'entendis maugréer sur "ces méthodes éducatives rétrogrades". 5 minutes plus tard, je l'entendis se doucher. Elle en sortit visiblement détendue, comme si "l'eau chaude ruisselant sur mon corps lavait mon âme de toute l'horreur du monde". Je déglutis avec peine et essayai d'engager le dialogue sur son comportement depuis le matin. Elle me parla de la minute de silence observée à l'école en mémoire des victimes du terrorisme. Tandis que j'essayai de lui expliquer avec des mots simples, elle me coupa la parole et me dit que je ferais mieux de relire "Critique de la raison pure" (du fameux Kant donc). Que la notion d'"esthétique transcendentale" prenait tout son sens. Je pensai que lui dire que je ne l'avais jamais lu n'était pas une bonne réponse et je m'abstins de tout commentaire. Elle me demanda alors s'il était possible de l'émanciper: hors de question de retourner à l'école apprendre "des inepties". Je lui dis que j'allais en parler avec son père.

Le soir, nous fêtâmes son anniversaire. Elle parut consternée par ses cadeaux, mais nous remercia chaleureusement, "reconnaissante, car consciente de la valeur du travail fourni pour payer toutes ces futilités destinées à endormir l'esprit critique des enfants". Puis elle nous souhaita bonne nuit et alla se coucher, elle avait "un bouquin à finir".

Une fois seuls, Papa Ours et moi-même nous dirigeâmes d'un même élan et sans nous concerter, vers le salon. Ce soir-là, nous finîmes tous les fonds de bouteilles d'alcool fort du bar. Nous engageâmes un tournoi de 1000 bornes et bûmes à la santé de la fée Clochette en plastique, jouets tous deux à peine sortis de leur emballage par notre "très grande fille".

 

Non, bien entendu, rien ne s'est passé ainsi. Miss Choco est restée la même et n'a rien perdu de sa très grande naïveté dans la nuit du 7 au 8 janvier. Mais il faut reconnaitre que depuis son entrée au CP, il y a eu indéniablement de grandes étapes de franchies: savoir lire, nager, faire du vélo sans les petites roues, s'habiller et se doucher seule la plupart du temps, porter fièrement son plateau à la cantine, prendre de temps en temps des initiatives. C'est déjà bien assez pour cette année, bien assez pour une petite fille à qui il a fallu expliquer, le jour de son anniversaire, pourquoi on lui a demandé d’observer une minute de silence à l'école.

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Inconsolables

11 Janvier 2015, 22:56pm

Publié par Zazimutine

Inconsolables

 

Depuis mercredi, je retiens mes larmes. Je les sens là, palpitantes dans ma gorge, prêtes à jaillir si je baisse la garde. Je ne les laisse pas couler, parce que j'ai un peu honte au fond, ma peine me semble si dérisoire, en regard de celle que doivent éprouver ceux qui ont perdu des amis, un père, une mère, un enfant, un grand-père.

Il y a bien sûr le chagrin, l'horreur ressenties face au terrorisme cherchant à museler la liberté d'expression, et tuant sans discernement des innocents, qui au mauvais endroit au mauvais moment, qui faisant son devoir, son travail, simplement.

Et puis il y a Charlie Hebdo. Ce journal qui a accompagné une bonne partie de mon enfance, de ma jeunesse, et dont je continuais à croiser la route si souvent, en témoigne ce bouquin "les années Charlie" trônant dans ma bibliothèque, reprenant les dessins les plus marquants de l'hebdo de 1969 à 2004.

Charlie Hebdo, ce fut d'abord Hara Kiri Hebdo, prolongement hebdomadaire du mensuel Hara-Kiri, dont tous les lecteurs de Gotlib ont au moins une fois entendu parler. Interdit de parution en 1970 par le ministre de l'intérieur de l'époque, il renait sous les traits de Charlie Hebdo. Ses membres "historiques": Cavanna, Reiser, Cabu, Wolinsky, Gébé, Siné... tous ces libres penseurs qui avaient droit de cité à la maison: bouquins de Cavanna trainant sur la table du salon, BD de Reiser que ma mère adorait, celles de Wolinsky, plutôt lues par mon père, Cabu et son grand Duduche passé dans les mains de toute la famille. Cabu, c'est aussi le dessinateur de Récré A2, celui qui croquait Dorothée comme personne avec son grand nez pointu, et qui avait d'ailleurs dessiné la pochette de l'album que j’écoutais en boucle. Le doux Cabu, qui semblait si timide caché derrière sa grosse frange et ses petites lunettes.

La parution de Charlie Hebdo s'est arrêtée pendant 10 ans. Elle a repris à partir de 1992, gardant certains de ses piliers, mais avec aussi des nouveaux venus, dont Charb, HonoréTignous. Plus tard, j'ai donc continué à croiser le journal égaré ici ou là: ma mère, mon frère le lisaient. Encore plus tard, c'est mon compagnon qui l'achetait chaque mercredi. Je le voyais pouffer de rire. Je dois reconnaitre que je me plongeais rarement dedans; généralement, je lisais la petite BD de Charb "Maurice et Patapon" dont l'humour scato-crado me faisait autant rire qu'il me choquait. Je lisais aussi la chronique d'Oncle Bernard, l'économiste Bernard Maris, dont j'aimais également écouter l'accent chantant sur France Inter, essayant désespérément de retenir ses  arguments pour les ressortir lors de mes discussions "politiques" avec des amis. Mais dans l'ensemble, j'évitais la lecture de Charlie Hebdo qui me rendait mélancolique. Le monde qu'ils décrivaient semblait, à juste titre, si dénué d'espoir, si moche, derrière la caricature... l'humour, la politesse du désespoir dit-on.

Aujourd'hui, je me sens profondément endeuillée dans mon éducation, dans ma culture, dans les valeurs que nos parents ont voulu nous transmettre à mon frère et à moi. Je pense que nous sommes nombreux à nous sentir orphelins, nous les enfants de cette génération de soixante-huitards libertaires, qui pensaient peut-être qu'on pouvait changer le monde sans les armes, juste en s'aimant et en riant très fort.

Depuis mercredi, je suis juste une enfant inconsolable.

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-Le chant de la mer- douce poésie irlandaise

1 Janvier 2015, 17:28pm

Publié par Zazimutine

-Le chant de la mer- douce poésie irlandaise

 

Ne manquez pas ce magnifique film d'animation irlandais, vu avec nos deux filles pendant ces vacances de Noël.

Le synopsis: Ben et sa petite sœur Maïna, vivent avec leur père dans un phare, surplombant une petite île sur la côte irlandaise. Maïna a 6 ans et n'a pas décroché un mot depuis sa naissance, elle a pourtant un don qui la relie au peuple de la mer et à celui des êtres magiques, ce dont son grand frère ne va pas tarder à se rendre compte au cours d'un déménagement forcé chez leur grand-mère à Dublin.

Durée: 1h25

A partir de: 5 ans

Mon avis: son drôle de dessin sans perspectives, avec des personnages offrant des visages un peu de guingois, peut perturber le spectateur lors des premières minutes du film. On est pourtant bien vite emporté par la somptuosité des décors. L'histoire, d'une poésie digne des meilleurs Miyazaki, explore les légendes celtiques, mais évoque également avec beaucoup de subtilité l'amour fraternel, entre haine et complicité. On est bercé par la musique irlandaise et par le chant envoutant de Nolwenn Leroy, qui illustrent à merveille l'aventure de ces deux enfants. Les moments plus tristes sont mis en images avec pudeur, si bien que nos filles, pourtant très "lacrymales" dès qu'un personnage se retrouve séparé de ses parents, n'ont pas versé une larme, mais ont été infiniment touchées par l'histoire de ces deux enfants, au point de réclamer dès notre sortie de la salle le DVD! Pour ma part, cela faisait longtemps que je n'avais pas été émue à ce point, le final étant tout simplement époustouflant. La beauté de ce film m'a imprimé durablement la rétine, me berçant de ses images dès que je fermais les yeux. Une vraie réussite que je vous conseille chaleureusement, avec ou même sans enfants.

Crédit photo et vidéo: hautetcourt

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