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Touzazimutin

Va, vis, et deviens.

27 Novembre 2017, 20:26pm

Publié par Zazimutine

Va, vis, et deviens.

 

Ca s'est passé l'autre mercredi. J'accompagnais Miss Choco à son cours de théâtre, comme tous les mercredis, lorsque celle-ci me demanda explicitement de la "déposer". En précisant que je ne l'accompagne pas jusqu'à la porte, et que je ne vienne pas vérifier si elle était bien arrivée. Quelques semaines plus tôt, en effet, ne trouvant pas de place sur le parking, je lui avais proposé de descendre de la voiture et d'aller seule à son cours, pendant que je cherchais une place. Ne l'ayant pas vue entrer, j'étais allée vérifier ensuite sa présence au cours (lui collant probablement la honte sur 4 générations).

Revenons à ce fameux mercredi. Face à sa demande soudaine d'autonomie je suis restée aussi abasourdie que la fois où, dans un épisode de la petite maison dans la prairie, la voix qui doublait Laura Ingalls avait changé.

Il faut préciser que depuis leur naissance, mes deux filles n'ont jamais eu une demande forte d'indépendance. A 7 et 9 ans, elles me demandent encore de choisir leurs vêtements le matin, de les coiffer, voire certains soirs, de les doucher (en mode fatiguée/feignasse). La semaine précédente, j'avais d'ailleurs été agacée lorsque, à la piscine, miss Choco avait tenu à ce que je l'accompagne jusqu'au bord du bassin, alors que nous étions déjà en retard pour le cours. Je suis également souvent irritée quand je lui demande de poser une question à la maitresse, et que, par timidité, elle refuse systématiquement, m'obligeant à lui écrire un mot dans le cahier de liaison.

Mais mercredi, Miss Choco a gagné une petite victoire d'émancipation. Probablement poussée par le modèle de ses camarades de théâtre, un peu plus âgées qu'elle, qui arrivent unanimement seules au cours (je suis d'ailleurs souvent la seule à attendre la fin du cours à l'intérieur de la structure, et non dans ma voiture sur le parking). 

Pourtant, il va bien falloir s'habituer à ces petits pas qui conduisent peu à peu sur le chemin de la liberté. Il y aura le collège l'an prochain, et encore plein d'autres pas à effectuer.

Je mesure aussi ce que chaque pas signifie, et comme il nous rapproche, à chaque fois, de celui qui nous verra un jour atteint du syndrome du nid vide. Je n'oublie pas que cela fait partie du contrat, vous savez la petite case, tout en bas, qu'il fallait cocher lorsque nous avons déballé nos nouveaux-nés, celle qui précisait: "attention, ce produit est de très bonne qualité mais pour sa bonne conservation, vous veillerez à faciliter son épanouissement en ne lui demandant rien en retour, en le poussant à voler de ses propres ailes, en ne mettant aucun obstacle entre lui et ses aspirations, que ce soit sous forme de culpabilisation ou de chantage affectif; cet alinéa est non négociable, et en aucun cas le produit ne vous serait remboursé s'il ne satisfaisait pas à vos exigences personnelles".

Parfois, je prends conscience de l'absurdité de ce pari un peu fou que nous avons fait: construire un foyer, au sens littéral, tout en sachant qu'il sera éphémère, du moins dans sa forme actuelle. Donner tout ce que notre être est capable d'amour, sans en attendre de la gratitude ou de la réciprocité (la possibilité de ces dernières étant la cerise sur le gâteau!). La quintessence de l'amour parental donc, cette folie. Alors, quand ça m'étreint un peu trop le coeur, je me souviens de mes propres petites étincelles de liberté  gagnées les unes après les autres: la première fois que je suis allée à l'école toute seule, la première fois que j'ai payé le pain. La première fois que j'ai dépensé l'argent que j'avais économisé pour m'acheter un truc vraiment chouette. Mon premier livret A. Mon premier soutien-gorge (oui, aussi!). Et plus tard, toutes les acquisitions de la majorité: le droit de vote, le permis de conduire, la première fiche de paie, le premier appart. Je me souviens de ma fierté à chaque fois, de ma sensation d'en être, d'avoir un rôle à jouer. De mon fou-rire nerveux mémorable, lorsque je me suis retrouvée pour la toute première fois, seule à conduire la voiture de mon père (l'indépendance prend parfois de drôles de visages!). Chacun son tour.

Va, vis et deviens

 

PS: j'ai emprunté cette formule au magnifique film de Radu Mihaileanu, sorti en 2005, racontant l'histoire d'un enfant éthiopien, qui, en 1984, alors que la famine dévaste son pays, se fait passer, poussé par sa mère, pour un juif éthiopien afin d'être emmené en Israël où il pourra échapper à la mort. Cette mère sait parfaitement qu'elle ne reverra jamais son fils, mais pour lui sauver la vie elle préfère en être séparée. Bouleversant! Si vous ne l'avez pas vu, je vous le recommande chaudement (voir bande-annonce ci-dessous).

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Si j'étais blogueuse...

21 Novembre 2017, 20:39pm

Publié par Zazimutine

Si j'étais blogueuse...

 

Si j’étais blogueuse mode, je vous parlerais de mon achat récent, après plusieurs années de résistance, de baskets blanches. Même qu'elles sont trop blanches, et que ça me fait de très/trop gros pieds, genre schtroumpfs, et que je regrette.

Si j’étais blogueuse beauté, je vous raconterais ma « routine » matinale, comme elles disent, qui a totalement changé depuis l’an dernier, à savoir: arrêt quasi total du maquillage, après avoir passé 2 ans à visionner les tutos sur internet de filles qui avaient 20 ans de moins que moi (suite à quoi je vous confirme la chose suivante : la paillette, ça vieillit!).

Si j’étais blogueuse forme, je ferais un bilan après 5 séances d’aquabike : fréquence cardiaque de base, capacité respiratoire, tour de cuisses, caractère rebondi de la fesse.

Si j’étais blogueuse écologie, je publierais la recette de mon déo 100 % maison et efficace, sauf que la recette n’est toujours pas réellement au point (la dernière version nécessitant l’utilisation d’un pic à glace).

Si j’étais une blogueuse cuisine, je posterais la recette du gâteau au citron de ma maman, ce même gâteau qui a rythmé nombre de mes goûters, et que je fais régulièrement aujourd'hui pour mes filles.

Si j’étais blogueuse déco, je vous montrerais le ravissant petit bureau de ma fille aînée, déniché chez La Renoute, avec sa chaise chinée qui va bien, même que ça fait un décor fort instagramable (et accessoirement un coin à elle pour faire ses devoirs, après 3 années passées à squatter le coin de la table de la cuisine).

Si j’étais blogueuse voyage, je vous pondrais un article de 15 pages sur notre voyage en Chine, effectué en... 2006.

Si j’étais blogueuse couture, je partagerais toutes mes cousettes depuis 2 ans, je ferais poser mes filles dans leurs vêtements devenus trop petits, et je planquerais les finitions pourries.

Si j’étais blogueuse jardin, je ferais semblant d’être super compétente en la matière, alors qu’en réalité, ce n’est pas moi qui m’occupe du jardin.

Si j’étais blogueuse BD, je ressortirais les dessins rigolos que j’échangeais avec une copine il y a 20 ans ; ça me ferait environ 5 publications.

Si j’étais blogueuse TV, je ferais un récapitulatif de mes émissions préférées du PAF sur la semaine (le mardi c’est pâtisserie, le jeudi c’est librairie etc...), ce serait drôlement intéressant!

Si j‘étais blogueuse société, je pousserais un coup de gueule contre l’eau chaude au robinet des stations services l'été. Un sujet brûlant et d’actualité quoi.

Et puis si j’étais blogueuse famille en mal d’inspiration ou de temps, j’écrirais un article tout pourri en m’imaginant ce que j’écrirais si je changeais de catégorie de blog...
 

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Tous azimuts # 19

13 Novembre 2017, 14:39pm

Publié par Zazimutine

Tous azimuts # 19

 

Bienvenue dans mon petit billet fourre-tout du lundi après-midi, ce billet qui me permet de maintenir le blog en vie, ce billet qui est un peu le respirateur de ce blog comateux... Alors sans plus attendre...

 

  • Tout d'abord, je voudrais vous remercier d'avoir autant commenté mon dernier billet sur la recherche de perfection, c'est toujours un régal d'échanger autour de certains sujets, c'est le sel qui relève la soupe, le pain qu'on déguste avec le fromage, le... bref, merci! J'ai tardé à répondre à certains commentaires mais je crois avoir rattrapé tout mon retard maintenant.

 

  • Côté blog, justement, parlons-en car je me pose énormément de questions qui vont dans tous les sens.

D'un côté, après 4 ans de blog fait de bouts de chandelle et de design en carton, j'envisage d'investir dans un abonnement premium qui me permettrait d'améliorer la déco et d'acheter même mon nom de domaine (la classe internationale donc!).

De l'autre je me demande, si tout ceci a encore un sens. Je ne me suis jamais sentie aussi bien ici, j'ai enfin le sentiment d'appartenir à une communauté de blogueuses, j'ai explosé mon record de vues après ce billet, et pourtant... je me demande parfois si je vais continuer. Je ne suis pas certaine d'avoir réussi à me construire une identité à force de vouloir parler de tout et n'importe quoi (tous azimuts, ça vient de là!). Je ne pense pas que mon lectorat va grandir encore, j'ai l'impression d'être arrivée à une sorte de "maximum", comme si maintenant tout cela ne pouvait que s'écrouler.

D'un troisième côté (ben quoi, j'ai le droit d'avoir une réflexion ternaire non?!), j'envisage aussi d'ouvrir un blog couture, dont j'ai déjà trouvé le nom. Mais cela me prendra énormément de temps sur ce blog-ci, et encore faut-il que je trouve le temps de coudre (donc de l'alimenter).

Bref, je ne suis pas arrivée au bout de ma réflexion. A suivre...

 

  • Parlons cinéma. Nous sommes allés voir en famille L'école buissonnière et Le petit Spirou. Après avoir passé des années à visionner des dessins animés et autres films d'animation, je suis ravie de commencer à faire découvrir aux filles des films avec de vrais comédiens. Le concept est d'ailleurs très énigmatique pour miss Bonbon qui était très perturbée de retrouver la Lili de Scènes de ménage dans L'école buissonnière.

Si le petit Spirou m'a globalement assez ennuyée (malgré la présence de l'excellent François Damiens), je vous recommande vivement L'école buissonnière que, tout le monde ici, a beaucoup aimé. L'histoire est celle d'un petit orphelin des années 30, qui, à la faveur d'un placement chez une parente éloignée, va découvrir les joies de la vie à la campagne. Le film est assez académique, un peu cousu de fil blanc, mais extrêmement efficace, joli et drôle, la photographie est incroyable et les acteurs sont tous excellents. Du vrai bon divertissement!

 

  • L'école a repris déjà depuis une semaine, elle va être longue la ligne droite jusqu'à Noël, d'autant que nous avons pris très peu de vacances  Papa Ours et moi cette année. Cependant, nous avons pu profiter d'un week-end prolongé pour découvrir, encore et toujours, cette belle région qui nous accueille depuis maintenant 2 ans (en brouillon, un bilan de nos 2 ans ici). Ces escapades sont toujours un régal pour moi et les filles commencent même à devenir friandes de nos promenades en bord de mer, surtout quand on peut marcher sur les rochers. Au top 3 des coups de coeur , ce mois-ci, citons Locqmariaquer, du côté du Golfe du Morbihan, et beaucoup plus au nord dans le Finistère, la pointe du Raz et L'Ile-Tudy

 

pointe du Raz un jour de beau temps :D

pointe du Raz un jour de beau temps :D

 

  • Je pense publier dans quelques jours un billet lecture, qui sera surement le dernier avant un bon moment, pour la bonne et simple raison que je ne lis plus. C'est assez étrange cette relation à la lecture: compulsive par moments, et puis très distanciée à d'autres. Toujours est-il que depuis plusieurs semaines, je suis dans une période "sans".

 

  • Allant totalement à contre-sens de ce que je viens de dire (mais je ne suis pas à une contradiction près), j'ai très très envie de lire les derniers prix Goncourt et prix Renaudot,  respectivement: L'Ordre du jour d'Eric Vuillard, et La disparition de Josef Mengele d'Olivier Guez. Je ne suis habituellement peu attirée par les prix littéraires, mais cette année je suis particulièrement intéressée par le sujet de ces deux livres, à savoir l'Allemagne nazie et la période de la seconde guerre mondiale. Si l'un d'entre-vous a lu un de ces bouquins, parlons-en voulez-vous?

 

Sur ce, je vous souhaite à tous une très bonne semaine!

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Le préféré du plus beau du plus meilleur

6 Novembre 2017, 16:42pm

Publié par Zazimutine

Le préféré du plus beau du plus meilleurLe préféré du plus beau du plus meilleur
Le préféré du plus beau du plus meilleurLe préféré du plus beau du plus meilleur

 

Jeudi dernier, tandis que je soufflais d'ennui devant "Danse avec avec les stars-en-mal-de-célébrité" (eu égard aux 12000 coupures publicitaires, mais pas que) m'est venue une certaine lassitude, dont je vous livre l'objet ici.

Ne vivrions nous pas dans une société qui prône la perfection et la performance? (voyez un peu, j'ai frôlé l'entorse du cerveau!)

A la télé, les émissions de "concours" ont envahi  les petits écrans. Il ne s'agit plus d'être un bon pâtissier mais d'être le meilleur, on ne se contente plus du label "plus beau village de France", non, il faut être le préféré. Meilleur couturier amateur (Cousu main), meilleur boulanger de France, meilleure nouvelle découverte de la chanson française (The Voice, Nouvelle Star), meilleur aventurier (Koh Lanta et compagnie)... Sur les réseaux sociaux, et sur Instagram en particulier, les "stars" sont les comptes qui totalisent le plus grand nombre possible d'abonnés, les images sont toujours plus belles, les vies toujours plus parfaites.

Si on y réfléchit bien, ce phénomène de société est loin d'être nouveau.

Lorsque j'étais gamine, la société des années 80-90 mettait déjà en valeur les élites. La beauté tout d'abord, c'était alors la grande mode des mannequins-stars: Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, on portait aux nues ces filles aux proportions parfaites. 90-60-90, voilà quelles étaient les mensurations (impossibles!) à atteindre. 

Côte études, c'était la grande époque des math sup-math/math-spé. Au lycée, dans ma classe, tout le monde voulait être ingénieur, sans même savoir en quoi consistait ce boulot. Mais c'était comme ça: la voie royale comme on disait, consistait à intégrer une prépa, puis une école d'ingénieurs. Il s'agissait alors d'être le plus intelligent (scolairement parlant, j'entends).

Aujourd'hui on pourrait donc se réjouir qu'il ne s'agisse plus seulement d'être beau ou intelligent. Les métiers manuels ont été mis à l'honneur, et c'est certainement une bonne chose pour toutes ces nobles professions, qu'elles suscitent de véritables vocations, et qu'elles soient ainsi valorisées: boulanger, cuisinier, pâtissier... Oui, mais ça ne suffit plus. Car pour "s'épanouir" (sous-entendu: gagner de l'argent, et/ou acquérir la célébrité), la société des médias nous recommande d'être, encore et toujours, le/la meilleur/e.

Jusqu'où irons-nous dans cette compétition effrénée?

Va-t-on assister à la naissance de nouveaux programmes: meilleur médecin, meilleur prof, meilleur plombier, meilleur facteur..., avec toutes les dérives que cela pourrait entrainer en termes de recherche de rentabilité? (Ah, mais on me dit en régie que ça existe déjà: chaque année, nous avons droit au classement des meilleurs établissements hospitaliers, celui des meilleurs lycées, le tout reposant sur des arguments de performance plus que discutables...)

Je me demande quelles répercussions ce culte de la performance peut avoir auprès des jeunes générations, en matière de confiance en soi. Que penser de soi en effet, si l'on ne possède aucune passion particulière comme la couture, la danse, ou la chanson? Est-on quand même digne d'intérêt si l'on n'est pas le meilleur en quoique ce soit, quand bien même on excellerait dans plein de domaines? Et que dire de ceux qui n'excellent en rien, ou qui cherchent encore leur voie? La société actuelle nous propose de sortir de l'anonymat grâce à notre talent. Plus besoin d'être beau, ou intelligent, du moment que l'on possède un don. Oui, mais si l'on a aucun talent particulier? Même pas un incroyable talent, qui nous permettrait au moins d'avoir notre minute de gloire dans l'émission du même nom, avec notre numéro de danse des narines version macarena?

J'ai justement entendu plusieurs fois mes filles se plaindre qu'elles n'avaient aucun talent particulier. Comme en réalité la majeure partie de la population. 

Alors je m'inquiète de cette recherche de perfection à tout prix, et des conséquences destructrices qu'elle pourrait avoir sur tous ceux qui manquent d'estime de soi.

Je me demande comment s'en prémunir:

- s'agit-il de ne pas cautionner en boycottant systématiquement ces émissions?

- l'éducation des enfants, le discours bienveillant leur rappelant que chaque être est un être unique, est-il suffisant?

Et surtout, que deviendra ce grain de sable éducatif face à la pression des pairs et de la société?

Finalement, quand accepterons-nous, en tant qu'individu, de rester parmi la foule des anonymes? Quand cesserons-nous de croire cette société qui nous fait miroiter un destin exceptionnel à coup de télé-réalité? Moi-même, est-ce que je ne me surprends pas parfois à rêver que mon blog va un jour être suivi par des milliers de lecteurs?

Accepter d'être unique, sans être forcément exceptionnel.

Vaste programme.

 

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24h dans ma vie d'empailleur

3 Novembre 2017, 09:38am

Publié par Zazimutine

24h dans ma vie d'empailleur

 

7h: mon réveil sonne. Grosse journée en perspective et pourtant, je n'ai qu'une envie: celle de me rendormir. J'ai peu dormi, réveillé cette nuit par une urgence. A 4h, le zoo a appelé pour m'informer du décès d'Apollon, leur plus vieil éléphant. Ca tombe très mal, car demain, c'est le pot de départ à la retraite du directeur du zoo. Du coup, les personnels veulent que j’intervienne très vite pour empailler Apollon, afin de lui offrir en guise de cadeau de départ. Le directeur est un homme passionné par son métier, ils craignent que la conjonction de son départ à la retraite avec le décès d'Apollon ne le rendent dépressif.

7h15: je bois mon café sous les yeux attendris de Pirate, mon coker. Il est mort en 1998, c'était mon premier boulot en tant qu'empailleur.

7h30: le téléphone sonne. C'est Madame Merlu. Elle me dit qu'elle va me ramener Pépette, sa petite caniche, dans l'après-midi. Elle trouve que son regard n'est pas assez sincère. C'est la 6ème fois que je change les yeux de Pépette, ça commence à bien faire!

8h: après m'être douché et avoir enfilé mon bleu de travail, je prépare ma camionnette d'intervention pour le chantier Apollon: pelle, marteau-piqueur et tout le tralalala. Empailler un éléphant, c'est physique!

8h15: tandis que je roule vers le zoo, mon portable sonne. Une dame me demande si j'empaille les insectes; c'est pour son petit garçon, passionné d'entomologie et profondément affecté par la mort de César, sa punaise. Je lui réponds que je n'ai pas la compétence, ni le matériel adéquat. Pour pouvoir empailler des animaux de moins de 2 cm, il faut posséder un diplôme universitaire de micro-empaillage et disposer d'un microscope électronique (une blinde!). Comme elle a l'air déçu, je lui propose de passer me déposer la punaise dans la boite à lettres après l'avoir enveloppée dans un coton d'alccol, je verrai ce que je peux faire; le truc pénible, c'est qu'il faut embaumer la bête sans l'écraser... je ne sais pas si vous avez déjà senti l'odeur d'une punaise écrasée...

9h: j'arrive au zoo. On me conduit devant la dépouille d'Apollon. Avant de commencer mon travail, je me recueille quelques instants. Faut pas croire, bien que ce soit mon gagne-pain, je n'aime pas voir un animal mort.

9h15: mes collaborateurs arrivent. Pour les gros chantiers comme celui d'Apollon, je ne travaille pas seul. Pour mémoire, avant d'empailler un animal, je dois le vider de ses organes; vous imaginez bien que le cerveau d'un éléphant, son foie, son coeur..., ça pèse lourd.

10h: la cage résonne de coups de marteaux, de perceuse. Nous travaillons de bon coeur en écoutant Thriller de Michael Jackson.

10h30: spaltch! C'est le bruit qu'on a entendu quand Gégé a percé par mégarde la vésicule bilaire. Tout son contenu s'est déversé sur lui, on s'est marré! Faut bien se détendre...

12h: on fait une pause, de toute façon il va falloir bosser toute la nuit pour qu'Apollon soit présentable, nous avons peu de temps pour le séchage et ça ne va pas nous aider.

12h30: mon portable sonne, nouvelle urgence. Cette fois c'est Mr Pichon qui m'appelle à l'aide. Il a été arrêté par la police pour "cruauté envers les animaux". C'est que Mr Pichon continue à sortir son chien tous les jours. Pepito, son boxer, est mort en mars 2000, mais j'ai tellement bien travaillé qu'on le croirait rendu à la vie. Mr Pichon se comporte avec lui comme s'il était encore vivant, il lui parle, lui donne à manger, l'emmène promener. J'ai installé des petites roulettes sous ses pattes pour qu'il puisse le trainer en laisse. Dans le quartier tout le monde sait que Pepito est empaillé, mais son arrestation est probablement l'oeuvre d'un fonctionnaire de police nouvellement nommé sur le secteur. Bref, je me rends au commissariat pour attester de la santé mentale de Mr Pichon.

13h15: les gars m'appellent. Un problème sur le chantier d'Apollon. L'éléphant attendait un éléphanteau. Phénomène étrange, si l'on se souvient que c'était un mâle, et d'un âge suggérant une ménopause bien installée. Les gars proposent d'empailler l'éléphanteau en guise de "cadeau bonus" pour le gardien du zoo. Je leur demande plutôt de garder l'information pour eux, je ne suis pas d'humeur à éclaircir le mystère de l'éléphant hermaphrodite du zoo. Mais il va falloir que j'enquête, un trafic d'hormones ne serait pas très bon pour la réputation du parc.

14h: je laisse les gars travailler sur le chantier, j'ai rendez-vous avec mon avocat. J'ai en effet une plainte sur le dos. Madame Tripoton me reproche d'avoir ridiculisé son york-shire. Effectivement, le pauvre animal, mort dans un accident de la route, était tellement abimé que je n'ai pas réussi à lui redonner apparence "canine"; j'ai fait tout ce que j'ai pu mais il faut reconnaitre que le pauvre yorkshire a désormais plutôt l'apparence d'une.... loutre! Cela dit, j'ai de bonnes chances d'échapper au procès; le procureur ne semble pas s'intéresser baucoup à cette affaire et refuse d'instruire. De plus, la pauvre bête était déjà tout à fait ridicule lorsqu'elle était en vie, j'ai des preuves en photos, alors...

16h: je retourne bosser sur le chantier Apollon; le pot de retraite est à 19h. C'est en bonne voie, Apollon se dresse fièrement sur ses pattes arrière, reste à replacer ses yeux et à rigidifier sa trompe. Je ne sais pas encore ce que je vais faire de cet éléphanteau, peut-être le garder dans ma collection personnelle. Mais je dois me rendre à l'évidence: Apollon, malgré la taille imposante de son pénis, était pourvu d'un uterus et de deux ovaires. Je ne comprends d'ailleurs pas comment il a pu être fécondé.

19h: nous finissons juste à temps pour faire une entrée spectaculaire à la fête de départ du directeur du zoo. Ce dernier, ému, me serre dans ses bras et remercie tout le personnel, on ne lui a jamais fait "un cadeau aussi énorme" dit-il. Je me demande comment il va faire pour amener la bête chez lui dans sa voiture, il me rassure: sa twingo est décapotable.

20h30: je rentre enfin chez moi. Je fais une bise à chacune de mes bêtes, à défaut d'autre chose (je suis célibataire). Je relève ma boite mail. Mr et Mme De Saint Gall de la Lande Pertue me relancent encore afin de réfléchir une nouvelle fois à cette histoire d'embryons congelés pour leur renarde argentée, Marie-Clémence. La pauvre est bien malade et doit subir un traitement qui pourrait altérer ses capacités de reproduction. Le couple souhaite la faire inséminer puis congeler ses embryons afin de perpétuer l'espèce qui habille leur garde-robe depuis des siècles... Je leur réponds une nouvelle fois que je ne fais pas dans le vivant malgré la somme astronomique qu'ils me proposent. Je leur propose d'empailler les dits embryons obtenus mais je ne suis pas certaine que ma réponse les satisfasse.

21h: je me prépare vite fait une petite assiette de crudités; toute cette viande... à force...je suis devenu végétarien.

22h: je vais me coucher; je m'endors en rêvant qu'un jour, l'évolution des espèces permettra enfin aux hérissons de regarder à droite et à gauche avant de traverser la route...

PS: Il n'est en rien question de se moquer des personnes dont empailler est le métier probablement fort honorable; juste une digression pour m'amuser un peu.

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